Écrit par  La rédaction de La Nouvelle Expression le 20/10/2015
Côté cour, on connaît André Fotso comme opérateur économique de premier plan au Cameroun, mais surtout depuis 2007, comme le président du Gicam. Côté jardin, on le découvre comme grand amateur de la culture.
Le président exécutif de Msem Todjom, le grand festival culturel Bandjoun nous parle de ce rendez-vous du donner et du recevoir que l’une des plus illustres chefferies de notre pays offre aux festivaliers d’ici et d’ailleurs en novembre prochain

 Monsieur le président, vous annoncez la tenue de Msem Todjom du 14 au 21 novembre 2015. Si vous commenciez par édifier nos lecteurs sur ce qu’est Msem Todjom?

Permettez-moi d’abord de vous remercier pour cette occasion que vous m’offrez d’évoquer cet important évènement qui se déroulera dans un mois. Msem Todjom est avant tout une manifestation culturelle ! C’est un moment privilégié pendant lequel le peuple Bandjoun déploie avec faste et solennité les multiples facettes de son identité culturelle, sociale et même économique.

Cette manifestation est l’expression d’un attachement à une histoire, à une culture, à des traditions et des coutumes que la communauté a en partage, mais aussi une passerelle d’ouverture sur le monde extérieur pour un développement harmonieux de Bandjoun.

Msem Todjom a aussi vocation à être l’expression de la mobilisation tous azimuts de tout le peuple Bandjoun derrière son Roi, Sa Majesté Djomo Kamga Honoré, et de servir de catalyseur à la valorisation du potentiel de développement de cette localité du Cameroun.

Patron des patrons, patron d’un groupe d’entreprises, vous avez certainement beaucoup à faire pour vous impliquer à un niveau aussi élevé de l’organisation d’un festival de l’envergure que vous décrivez. D’où vous viennent les ressources et les motivations?

Commençons si vous le voulez bien par la motivation. Je voudrais rappeler que ce n’est pas par erreur que des visionnaires tels que Léopold Sédar Senghor ont insisté sur les interactions fécondes entre culture et développement. Des organisations internationales ont d’ailleurs suivi, notamment l’UNESCO avec l’adoption de la Déclaration universelle sur la diversité culturelle de 2001, et même la Banque Mondiale qui a positionné la culture et la diversité culturelle comme 4ème pilier du développement durable lors du Sommet de Johannesburg sur le développement durable de septembre 2002.

Nous sommes ainsi convaincus de la nécessité de placer la culture au cœur du développement et qu’y investir offre un socle de valeurs indispensables à la réussite de toute politique économique et sociale qui se veut inclusive. Msem Todjom et les autres manifestations similaires sont justement des occasions idoines pour promouvoir des valeurs essentielles et de retour aux sources pour s’abreuver des fondamentaux qui faisaient la force de nos sociétés traditionnelles. Pour les Bandjoun, ces valeurs sont, entre autres, le travail, l’éducation, le sens de l’épargne, de l’investissement et de l’entreprenariat. Aussi, la complémentarité et la cohérence entre nos activités professionnelles et notre engagement dans cet important projet culturel coule de source puisque nous considérons que la culture est un atout pour la cohésion sociale et un levier indispensable de développement économique et d’épanouissement social.

A titre personnel, je dois confesser être un engagé culturel depuis très longtemps dans le soutien aux œuvres de l’esprit (musique, peinture, sculpture, etc.) qui sont pour nous une véritable source d’inspiration et d’apaisement face à un quotidien professionnel pour le moins rugueux et agressif. Et une fois que l’on est ainsi motivé, le reste suit tout naturellement.

 A moins d’un mois de l’événement, où en êtes-vous avec les préparatifs ? Serez-vous prêts pour accueillir les festivaliers que l’on annonce nombreux à ce rendez-vous culturel ?

Il convient de rappeler que nous en sommes à la sixième édition. En plus du rodage déjà acquis au fil des ans dans la préparation de cette manifestation, nous nous y sommes pris très tôt, car notre objectif est de pouvoir accueillir au moins 50 000 visiteurs cette année. L’organisation mise en place s’est structurée autour d’un comité exécutif et des unités opérationnelles, le tout sous la supervision générale de sa Majesté le Roi des Bandjoun. Par ailleurs, toutes les communautés sont à pied d’œuvre pour la réussite de cet évènement.

A date, les différents sites de manifestations ont déjà été viabilisés et il ne manque plus que la construction des stands de la foire expo. Il en est de même des sites touristiques sélectionnés pour être valorisés au cours de cette édition. L’identité visuelle est effective à travers le pagne Msem Todjom 2015 et le «Jingle» de l’évènement que les artistes musiciens André Marie Talla et Bissi Mac ont composé. Les études de faisabilité des «Projets Souvenir» ont été finalisées et tous les préalables ont été menés pour la tenue des campagnes de communication pour le changement des comportements, des campagnes de dépistage gratuit de l’hypertension artérielle, du diabète, du hiv, des mmc, etc. au cours de la journée Santé prévue dans l’agenda de l’évènement. En résumé, nous pouvons rassurer les uns et les autres du respect des délais et de ce que tout sera fin prêt pour les accueillir dans les meilleures conditions à Bandjoun du 14 au 21 novembre 2015.

Les replis identitaires, l’orgueil des communautés ou l’envie de faire comme les autres poussent certains groupes à organiser des festivals culturels qui n’ont de festival que de nom. En quoi Msem Todjom est-il un vrai rendez-vous culturel à répertorier dans l’agenda culturel du Cameroun?

 

Mon humilité naturelle suggère de ne pas jeter l’opprobre sur ceux qui s’y lancent ; quand bien même leurs initiatives présentent des limites ou tardent à produire les résultats escomptés. La seule manière de ne pas se tromper est de ne rien faire ; et il n’y a pas pire que l’inaction et l’inertie pour un pays comme le Cameroun qui cherche encore son positionnement dans le concert des nations. Le reproche de repli identitaire me semble aussi injustifié car les manifestations culturelles communautaires ne sont pas antinomiques de la construction de l’identité et de l’unité nationale. Il s’agit d’ailleurs, à l’échelle nationale et mondiale, d’un rendez-vous du donner et du recevoir. Chacun est invité à consolider ses acquis et ses valeurs qui sont cristallisés dans diverses dimensions de sa propre culture.

En ce qui concerne Msem Todjom, il est important de préciser que cet évènement ne se conçoit absolument pas comme concurrente aux autres manifestations culturelles, mais comme un lieu de réappropriation des traditions et des valeurs d’un peuple qui souhaite les partager avec d’autres en valorisant les atouts sociaux, économiques et culturels d’un territoire, celui de Bandjoun. En d’autres termes, les filles et fils Bandjoun, résidents ou non, ont autant intérêt à y participer que toute autre personne, touriste national ou étranger.

Quant à l’envergure de ce festival, il convient de souligner que l’expérience accumulée au fil des sessions précédentes a permis de l’étoffer pour le hisser au sommet des rendez-vous traditionnels et culturels du Cameroun. En premier lieu, chaque édition se prépare sur deux ans, ce qui laisse des marges de manœuvre pour la mobilisation, la préparation et la programmation des activités. Ensuite, le festival se veut désormais plus inclusif puisqu’il se célèbre durant une semaine entière avec une décentralisation des attractions pour impliquer toutes les communautés, les Mlàa, Mkounglàa, Mfelàa, Mta Djie et même la diaspora.

Enfin, cette initiative est mue par une ambition partagée : celle de faire figurer Msem Todjom parmi les plus grands festivals d’Afrique catalogués par les organisations telles que l’UNESCO, renforçant ainsi la contribution de la culture Bandjoun au patrimoine culturel camerounais, africain et mondial.

Concrètement, qu’est-ce que Msem Todjom apporte aux populations de Bandjoun en termes d’essor économique et de levier de développement?

Msem Todjom est une occasion extraordinaire de rassemblement, de rencontres et d’échanges pour les populations Bandjoun et les nombreux invités qui y prennent part. A ce titre, il ne s’agit pas seulement d’une manifestation ludique et culturelle, mais d’un évènement dont l’utilité sociale et économique n’est plus à démontrer.

Pour les populations de Bandjoun en particulier, il est bon de préciser que nous ne pensons pas seulement aux autochtones mais à toutes les personnes qui y résident.

Msem Todjom est d’un apport considérable, pour être plus précis:

Premièrement, c’est une occasion de valorisation d’atouts culturels qui pourront ensuite être exportés.

Deuxièmement, Msem Todjom va drainer à Bandjoun un nombre très important de visiteurs et de touristes au pouvoir d’achat relativement élevé. Il en résultera une hausse non négligeable de la demande en biens et services locaux (produits alimentaires, restauration, hôtellerie, soins individuels, etc.) ; c’est donc une occasion pour les populations locales de réaliser de bonnes affaires.

Troisièmement, les aménagements effectués (sites d’exposition, sites touristiques), non seulement ont créé des emplois pour de nombreux jeunes, mais demeureront un acquis qui pourra être utilisé après le festival.

Enfin et non des moindres, un point d’honneur a été mis sur la réalisation d’un projet dit « Projet souvenir » pour chaque édition de Msem Todjom. Il s’agit de la construction d’une infrastructure sociocommunautaire (point d’eau, connexion électrique, bibliothèque-médiathèque, salle de classe, etc.) soigneusement sélectionnée en tenant compte des besoins prioritaires exprimés par les populations.

C’est tout cet ensemble qui fait de Msem Todjom, un rendez-vous au carrefour du culturel, du social et de l’économie au service du développement intégral de Bandjoun; un rendez-vous à ne manquer sous aucun prétexte.

voici le programme de Msem Todjom 2015