Les visiteurs viennent de par le monde découvrir les paysages pittoresques où repose la mémoire d’un peuple. Le lac Baleng. De près, c’est un point d’eau qui s’étend sur plusieurs mètres, qu’on observe depuis l’amont. Il faut enchaîner des escaliers longs sur plusieurs mètres, ou emprunter une route glissante ayant un angle de pente de plus de 45°, pour arriver plus près du lac Baleng. Les multiples  granites qu’on observe là-bas laissent penser qu’à l’origine, ce lac était un cratère.

C’est une vaste étendue d’eau qui s’observe dans un environnement de fraicheur, avec un accueillant et doux climat. Les eucalyptus qui rivalisent de hauteur tout autour contribuent à rendre cette atmosphère plus appropriée aux personnes qui visitent ce lieu. On peut y traîner pendant des heures, sans voir venir le moindre visiteur.

Pourtant, à la délégation régionale du Tourisme et des Loisirs de l’Ouest, ce site est l’un des plus visités de la région de l’Ouest. C’est juste parce que les visiteurs arrivent individuellement, ou par petits groupes, et repartent aussitôt après avoir savouré le plaisir de la découverte. Ils sont aussi vite découragés par le calme des lieux. Hormis les chants des oiseaux, pas âme qui vive. Les champs sont cultivés jusqu’à la lisière de l’eau sur l’un des versants. Mais les maisons d’habitation sont assez éloignées. On est aussi intimidé à la vue du sang et des instruments utilisés  par les locaux pour leurs rites traditionnels.

Parcours de combattant

Le doux chant des oiseaux qui accueille les visiteurs est aussi unique que la présence de « l’homme de l’eau », comme l’appellent les riverains. Il s’agit d’un individu qui s’est bâti un campement sur une pirogue de fortune, et vit au coeur de ce lac. Sa seule présence est une curiosité pour les visiteurs. Il se déplace difficilement pour venir vers les visiteurs, préférant rester au coeur de l’eau, pour voir défiler les curieux. Il constitue l’une des rares présences humaines qu’on observe au kilomètre à la ronde, autour de ce lac de Baleng.

Le parcours pour arriver à proximité de ce site touristique joue certainement un rôle dans l’action de découragement en permanence de la présence humaine. Pour arriver au pied de ce lieu hautement touristique, il faut partir de l’ancienne mairie rurale, site qui abrite actuellement la compagnie des sapeurs pompiers de Bafoussam. Le trajet fortement accidenté, s’étend sur une distance de 5km environ.

Faute de véhicule adapté pour s’y rendre, les motos taximen, se proposent de vous y accompagner si vous mettez le prix. Il faut débourser en moyenne 1 500 F.Cfa pour effectuer un aller et retour. Plus,
on s’approche du Lac Baleng, plus on est frappé par la rareté des maisons et une multitude d’eucalyptus. La vue de la pancarte annonçant la « réserve forestière de Baleng » permet au visiteur de savoir qu’il s’approche effectivement du lac.

Tout en parcourant la réserve, on se heurte à des braconniers qui profitent de l’absence de toute présence humaine pour détruire la faune et la flore. Le dernier enchainement est une colline qu’il faut monter. Les véhicules à moteurs s’épuisent, à force de ronfler pour se frayer un trajet sur cette route boueuse où ils s’embourbent à chaque instant. Pendant la saison sèche, les roues glissent en permanence sur une route densément poussiéreuse.

Le maire, Emmanuel Tagne Ngeko, de la commune de Bafoussam 2ème, reconnaît l’importance du lac Baleng pour la municipalité. « C’est un lieu célèbre tant à l’intérieur qu’à l’extérieur du pays. Nous recevons de nombreux visiteurs qui viennent en nous disant qu’ils ont vu le lac Baleng sur une carte postale ou touristique ; et ils veulent bien découvrir physiquement cette merveille de la nature. Nous savons que l’état de la route décourage plusieurs visiteurs. » Sa politique pour améliorer l’état de la route, c’est l’entretien permanent que les services techniques de la mairie effectuent sur ce trajet  régulièrement, en espérant que le gouvernement goudronne cette route.

Rites culturels

Entouré d’une galerie forestière, le lac Baleng en lui-même se trouve dans un creux. Il est situé à 1 550 mètres d’altitude. C’est une eau de couleur verdâtre qui s’allonge sur une cinquantaine de mètres. Au
sommet de la colline ou à partir des arbres qui se trouvent à proximité du lac, on remarque de nombreux lieux sacrés. Divers produits qui y sont déversés, la preuve des rites qui s’y déroulent en permanence. Le côté mythique de ce lac, pour la communauté baleng, a des origines anthropologiques. Chez le peuple baleng, ce lac existe depuis fort longtemps. C’est ainsi que depuis des générations, les habitudes cultuelles perdurent. D’après Simon Tatsie, un patriarche de ce coin, le peuple baleng qui s’est installé dans cette zone vers les années 1 500 a trouvé ce lac sur place.

Au départ, le lac était le principal point d’eau de cette localité. Le fait que sa couleur changeait, avec les combats qui se déroulaient tout autour, a donné une connotation plus mystérieuse à ces lieux. « On venait ici au lac beaucoup plus pour jeter les corps des «personnes maudites ». Il s’agit, selon lui, des bandits pris la main dans le sac à plusieurs reprises et punis jusqu’à la mort, des personnes dont la mort était mystérieuse et indescriptible au village comme ceux qui se donnent la mort par pendaison, et des parias qui se refusaient à quitter le village pour un exil salvateur, après avoir commis un forfait qui faisait d’eux des bannis au sein de cette communauté.

Le lac Baleng a aussi, selon les riverains, la particularité d’avoir un sol bien fertile et un environnement réservé « aux dieux, aux aïeux » de la communauté. Situé entre les villages Tapie et Ghahka, le lac Baleng a un effet unificateur pour le peuple baleng. C’est dans cette localité que se trouvaient les premiers habitants du groupement baleng. Les Ghahka, selon un notable de cette localité, ont été rejoints par des guerriers et des princes exilés de Bandjoun. Et c’est cet ensemble qui a composé le groupement baleng. Lieu touristique vu de l’extérieur.

C’est ainsi qu’en résumé est présenté le lac Baleng par la population de Bafoussam. Rigobert Kongne Saha, qui localement, exerce comme guide touristique présente le lac Baleng avec plus d’exaltation. « C’est ici que sont effectués tous les principaux rites de purification du village. Il est tellement sacré que le chef ne s’y rend jamais. De même, les notables et tous les visiteurs qui s’y rendent ne doivent s’approcher du chef qu’après deux jours de retraite. Ce qui est plus passionnant c’est de voir le regard émerveillé des multiples visiteurs qui s’y rendent tous les jours ». D’après ce dernier, une dizaine de visiteurs environ s’y rendent au quotidien. Des données que n’a pas avec précision la délégation régionale du Tourisme et des Loisirs de l’Ouest.

Le lac Baleng qui était le principal point d’eau unissant le groupement « en raison des attaques venant de l’eau, des mythes construits autour de ce lac, a vu les familles s’éloigner progressivement du lac, pour aller vers le pourtour des chefferies ou à proximité de la route pour y constituer le principal centre urbain », dit Tadie Tada, notable de cette localité. Retenu comme le lieu le plus ancien du village, c’est auprès du lac que plusieurs « anciens » viennent effectuer leurs rites de purification.

Même pour le chef Baleng, le passage par le lac est incontournable, lors des préparatifs et le déroulement du festival biennal Ngou Ngoung, qui est la période d’initiation des jeunes et de purification du groupement par un ensemble de rites, de danses et d’autres activités cultuelles. C’est ainsi que pour les rites de purification du village, le point de départ est généralement le lac Baleng.

Malgré ces atouts, tant naturels que mythiques, le lac Baleng garde plus d’importance pour les vielles générations. « Nous avons demandé à plusieurs reprises à des élèves de répertorier les noms des lieux touristiques du Cameroun. Rarement, ils citent le lac Baleng qui se trouve à quelques mètres d’eux », déclare, l’air désespéré, un enseignant de géographie du lycée bilingue de Baleng. La difficulté à  trouver les guides touristiques qui peuvent conduire les curieux et les potentiels visiteurs vers ce lieu vient se greffer à la complexité du trajet, pour mystifier davantage l’accès au lac Baleng. Ce qui ne décourage pas les autorités, qui dans leurs feuilles de route, ne cessent de clamer leur volonté de développer, viabiliser et rentabiliser le mythique du lac Baleng. Reste à passer des discours à la réalisation afin de faire de ce lieu un véritable pôle touristique.
Honoré Feukouo le jour n°2064 du jeudi 19 novembre 2015 – page 7